End Game, 2015

 

L’humour est la chose la plus sérieuse écrivait Gilles Deleuze sur la littérature Kafka. End Game est un exercice humoristique et absurde qui réunit deux artistes et deux architectes dans une tentative de conversation. Il s’agit bien d’une scène et d’un jeu de téléphone arabe aux moyens iconographiques et non-verbaux. Là où les allers et les retours entre ces quatre téléphonistes engendrent une déconstruction du dialogue, se situe aussi la possibilité de générer une réflexion critique sur les moyens de production et de communication de l’œuvre.
Une des stratégies les plus puissantes pour qui veut définir une approche critique et réflexive envers l’actualité et ses idéologies implicites consiste à générer intentionnellement une opposition face à ses propres idées, goûts et modes de production. Se soumettre volontairement aux modes de pensée et de production de l’autre, déléguer une part de son autonomie créative et politique, se destituer à dessein d’une part du contrôle sur le jugement et sur l’œuvre.
Cette forme d’emprisonnement volontaire permet, à l’image d’un duel, de suspendre d’un même coup les lois officielles et la subjectivité indiquait. Si l’un affirme et l’autre conteste ces affirmations, le duel neutralise temporairement tous les principes rationnels a priori, selon lesquels l’affaire aurait pu être tranchée. Les règles de la justice et les principes de la vérité ne viennent qu’à posteriori, sous la forme du résultat d’un duel. La justesse de la forme trouvera sa seule légitimité dans la vérité irrationnelle du duel. Toutefois, cet irrationnel – négation de la raison objective – n’est pas l’expression d’une subjectivité souveraine. Il est assujetti à la rationalité spécifique des règles du duel, à son rituel, son prétexte, ses modalités, ses armes et ses enjeux.
Simultanément, le duel est aussi le lieu d’une puissante désubjectivation. Dans le duel est mise en danger la forme figée de la subjectivité de chacun des adversaires. Le duel en tant qu’accord mutuel est aussi la forme d’une perte radicale de l’identité individuelle. L’un et l’autre s’avancent vers un point où le triomphe, comme l’échec, ne dépendra plus strictement de leurs capacités personnels, mais de la combinaison d’énergies de l’un avec l’autre, de l’un contre l’autre. Cette combinaison dans le duel fait que l’œuvre du duel – le verdict – n’est plus le produit de la victoire, mais appartient autant au gagnant, qu’au perdant. L’œuvre appartient en fin de compte au deux.

 

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Table en bois, scotch blanc et gris, documents imprimés ou dessins sur papier bristol A4, 250 gr | 4 x 4 m
› dans le cadre de l’exposition End Game | After Hours Artspace | La Générale en Manufacture | Sèvres | juin 2015
Avec Alys Demeure, William Parlon (architecte) et Georgi Stanishev (architecte)

Mariposa, 2018
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Prédation #2
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Funes, 2018
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L’Aveugle, 2018
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Butterfly men, 2018
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A Tale of two circles, 2016
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Qui Vive, 2016
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La Méprise, 2015
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End Game, 2015
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La demeure d’Astérion, 2015
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La dépendance, 2014
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En premier lieu, 2013
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Hands catching fruits, 2013
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Rotation, 2012
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L’éclat, 2009
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Squelette, 2009-2010
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La Véranda, 2009
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Sans Titre, 2008
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Vue d’ensemble, 2008
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Sans Titre, 2008
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